Le saké au bon prix

Le saké au bon prix

Benoit Champagne

Comprendre le prix d’une bouteille de saké ne se résume pas à connaître la marge de la SAQ. Le saké est un produit dont la valeur dépend autant de choix techniques que d’un contexte culturel et commercial propre au Japon. Comme pour le vin, le prix peut être influencé par la réputation du producteur, les taxes, le transport ou la marge du détaillant. Mais là où le vin est souvent lié à la valeur agricole d’un domaine, le saké dépend surtout du travail effectué en brasserie.

 

La plupart des producteurs ne cultivent pas leur propre riz. Le travail commence donc à l’arrivée du riz en brasserie, un peu comme une microbrasserie qui reçoit ses matières premières avant de transformer le tout avec précision. Cette différence est importante : dans le saké, chaque étape de production peut faire monter les coûts. 

 

La première étape majeure est le polissage du riz. On retire une partie de la surface extérieure du grain, plus riche en protéines, lipides et minéraux, afin de conserver proportionnellement plus d’amidon. Le taux de polissage indiqué sur l’étiquette correspond au pourcentage de riz restant. Un saké à 60 % signifie donc que 40 % du grain a été retiré. Pour un saké à 35 % donc, on utilise beaucoup plus de riz qu’un saké à 70% par exemple pour obtenir la même quantité de saké au final, ce qui augmente déjà fortement le coût des matières premières. 

 

 

Viennent ensuite la cuisson, le kōji, le pied de cuve, la fermentation principale, la filtration, la dilution, la pasteurisation et l’embouteillage. Chaque étape demande du temps, de l’équipement, de l’expertise et un niveau de contrôle qui varie selon le style recherché. Pour le consommateur, il est difficile de mesurer tout cela d’un simple coup d’œil. Deux bouteilles peuvent être semblables, mais cacher des choix de production très différents. 

 

À cette complexité s’ajoute la culture japonaise de la vente. Au Japon, le prix de détail est souvent déterminé par le manufacturier et non le détaillant. Le producteur fixe les marges des intermédiaires afin que le consommateur paie un prix uniforme, peu importe le point de vente. À l’exportation, ce modèle devient beaucoup plus difficile, voire impossible à appliquer. Un petit producteur régional doit composer avec le transport, les douanes, les taux de change, les monopoles d’État comme la SAQ ou la LCBO, et parfois l’impossibilité de facturer en yen japonais. Pour plusieurs artisans, c’est un véritable casse-tête. 

 

Le calcul 

Pour simplifier, plusieurs brasseurs offrent leur saké à l’exportation à environ 60 % du prix de détail japonais. Certains descendent à 55 %, parfois même 50 %, mais cette règle demeure un bon point de départ. Par exemple, un saké S vendu 1,000 ¥ au Japon pourrait être offert à un agent d’importation à 600 ¥. Il faut ensuite ajouter le transport domestique jusqu’au port de Yokohama, la marge de l’agent, la devise utilisée par la SAQ, le transport international, les taxes et la marge du monopole. 

 

Au final, selon les données publiques disponibles, le prix au Québec peut représenter environ 2,5 à 3 fois le prix payé au producteur. Dans le cas de notre saké S, son prix incluant les frais de transport domestique et la marge de l’agent sera d’environ 750 ¥ à la SAQ, qui, ajoutant le transport international, les taxes, son coût d’opération et ses profits, pourrait donc se retrouver autour de 21 $ à la SAQ. 

 

Ce calcul reste approximatif, mais il donne un point de repère fort utile. Règle générale, un prix de détail québécois se situe autour du double du prix de détail japonais (21$ pour 1,000 ¥, ou environ 9$). Ce peut être considéré comme raisonnable. Si le prix est inférieur au double, il s’agit souvent d’une très bonne affaire. S’il dépasse 2,5 fois le prix japonais, il faut se poser des questions. 

 

Petit truc de grand-mère : 

- 2 fois le prix japonais : tarification raisonnable 
- Moins de 2 fois : aubaine 
- Plus de 2,5 fois : tarification élevée 
- Plus de 3 fois : tarification difficilement justifiable 

 

Un prix trop élevé peut avoir plusieurs causes. Au Québec, les cas les plus fréquents sont des marges d’agents trop élevées ou l’utilisation de distributeurs étrangers. Cette dernière pratique est théoriquement contraire à l’esprit des règles de la SAQ, mais elle existe parfois en pratique : le saké transite alors par des entrepôts hors Japon avant d’arriver au Québec. Chaque intermédiaire ajoute sa marge, et le consommateur paie la différence. Ce dernier subit également parfois des lots beaucoup moins frais en raison du temps supplémentaire de transport. 

 

Pour comparer vous-même, une simple recherche sur internet du prix japonais au détail indiquant le nom complet et officiel du produit permet souvent d’obtenir une bonne indication. Attention toutefois : cette méthode de calcul comparative vise surtout le marché de détail québécois. Elle ne s’applique pas nécessairement ailleurs dans le monde, ni à l’importation privée du Québec, où les faibles volumes ajoutent souvent 3 ou 4 $ par bouteille. En restauration, il est aussi normal qu’une bouteille soit vendue deux ou trois fois le prix SAQ, puisque l’alcool contribue directement à couvrir les coûts d’opération de l’établissement. 

 

Exemples de sakés au bon prix : 

Zaku Gen no Tomo — prix juste
Au Japon : 1 800 ¥ 
Au Québec : 35,50 $
▶️ Vidéo sur le produit

Urakasumi Junmai — aubaine
Au Japon : 1 380 ¥ 
Au Québec : 25,00 $ 
▶️ Vidéo sur le produit

Urakasumi Zen — super aubaine
Au Japon : 2 380 ¥ 
Au Québec : 33,75 $ 
▶️ Vidéo sur le produit

Sakari Junmai Ginjo — aubaine extrême
Au Japon : 2 800 ¥ 
Au Québec : 29,65 $ 
▶️ Vidéo sur le produit


Note : Les recommandations de Nijikai Saké visent notamment à réduire le prix des sakés au Québec. Nous travaillons avec des agences et des producteurs de qualité afin d’offrir de meilleurs prix, sans compromis sur la qualité, grâce à des stratégies d’exportation efficaces et adaptées au marché local.

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